Young Lives project : donner la parole aux enfants pour mieux comprendre la pauvreté infantile

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Young Lives project : donner la parole aux enfants pour mieux comprendre la pauvreté infantile

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Alors que la pauvreté est souvent perçue comme purement économique, le projet Young Lives propose une approche différente : donner la parole aux enfants, pour mieux comprendre les causes et les conséquences de la pauvreté sur leur vie et sur leurs perspectives d’avenir.

Plus précisément, l’objectif est de retracer les histoires de vie des enfants précaires qui grandissent dans les années 2000. Cette année-là, l’ONU a défini huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) pour favoriser la réduction de la pauvreté. Des objectifs à atteindre en l’espace de 15 ans. La recherche Young Lives s’intéresse alors à l’impact de ces OMD sur les parcours des enfants. Elle en fait ainsi des angles d’analyse de la pauvreté pour mieux comprendre ce phénomène sous le prisme des inégalités, de l’éducation, du genre, de la jeunesse, de la protection de l’enfance, du développement des compétences et de l’accès à l’emploi. Le but de cette étude est donc de suivre l’évolution des enfants dans le temps et de définir comment les politiques publiques en faveur de la santé, de l’éducation et de l’égalité les affectent. Et la méthode employée est particulièrement intéressante :

Le Young Lives project étudie la pauvreté infantile en suivant près de 12000 enfants dans 4 pays différents depuis 15 ans.

L’étude est menée simultanément en Éthiopie, en Inde, au Pérou et au Vietnam. Ces pays ont été choisis comme terrain de recherche car ils ont pour point commun d’être des pays à faible ou moyen revenu, dans des régions à forte croissance économique. Il était important que ces enfants reflètent la diversité des situations socio-économiques, aussi, les chercheurs ont respecté la parité entre les filles et garçons. Les enfants participant à l’étude sont également issus de zones rurales et urbaines, de régions aisées et moins aisées, de communautés majoritaires mais aussi de minorités ethniques, religieuses et linguistiques.

Dans chaque pays, deux groupes d’enfants ont été suivis : le premier groupe est né entre 1994 et 1995, le second entre 2001 et 2002. Pendant quinze ans, les chercheurs ont suivi ces mêmes enfants, de la petite enfance à l’entrée dans l’âge adulte. Cette technique d’analyse s’appelle une « étude de cohorte de type longitudinal » et permet de récolter des données sur du long terme pour mieux comprendre les modes de vie des groupes suivis. Ainsi, des activités telles que des entretiens, des études de cas et la rédaction de journaux intimes ont été menées à un rythme régulier avec les enfants. Leur famille et leur communauté ont aussi été impliquées dans l’étude pour mieux cerner leur cadre de vie. Cette analyse a donc nécessité la construction d’une relation de confiance entre les chercheurs, les enfants et leurs entourages.


Dans chaque pays, deux groupes d’enfants ont été suivis : le premier groupe est né entre 1994 et 1995, le second entre 2001 et 2002. Pendant quinze ans, les chercheurs ont suivi ces mêmes enfants, de la petite enfance à l’entrée dans l’âge adulte

 

Ces choix méthodologiques, à la fois précis et inclusifs, permettent de comparer les données entre les États, entre les milieux sociaux et entre les générations. Pour ce faire, l’étude s’appuie sur des spécialistes en anthropologie, en économie, en psychologie, en éducation, en santé, en nutrition ou encore en politique. Tous sont mobilisés pour mieux comprendre la précarité chez les enfants. De plus, si les équipes du projet Young Lives sont internationales, elles sont aussi majoritairement composées de chercheurs locaux dans les pays concernés. Le recours à des équipes pluridisciplinaires a ainsi permis de mettre en évidence la pauvreté comme un phénomène multidimensionnel.

En donnant la parole aux premiers concernés, le projet Young Lives met en évidence les inégalités comme elles sont perçues et vécues.

En effet, une des forces de cette étude est de recourir au témoignage direct des enfants pour analyser la pauvreté infantile. Leurs paroles soulignent souvent les expériences de discriminations, de violences, l’importance de la scolarité ainsi que le poids des responsabilités familiales qu’ils portent déjà. Ces éléments rappellent le concept de la « pauvreté par la privation des capacités des individus ». C’est-à-dire que les conditions de vie d’un individu cloisonnent sa liberté de choisir, et freinent sa capacité à atteindre une autre vie. Selon l’UNICEF, la pauvreté chez les enfants diffère de celle des adultes notamment sur les effets permanents qui en découlent. Or les résultats de cette étude montrent l’importance de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.

Si la perpétuation des inégalités n’est pas une découverte, tout l’intérêt de ce projet est de récolter des données pour mieux guider les politiques futures, en particulier dans des contextes où les États investissent plus dans le développement économique que dans le développement humain. Ainsi, en observant les effets de la pauvreté sur le quotidien et l’avenir de ces enfants, cette recherche repère les leviers politiques capables de créer le changement. Elle permet d’identifier les besoins spécifiques des enfants et de formuler des  « messages clés » pour plaider en faveur de politiques de réduction de la pauvreté efficaces et durables. Le projet promeut donc des politiques basées sur les faits (evidence-based) pour lutter contre le manque de volonté politique et guider les décideurs.

Bercé par l’idéal d’une justice sociale où les politiques publiques luttent contre les inégalités et ne laissent aucun enfant de côté, le projet Young lives est une initiative surprenante. À la fois recherche qualitative et quantitative, innovante et inclusive, cette initiative ne suscite pourtant que peu d’analyses et de critiques dans les milieux académiques. Les résultats sont encore à nuancer et à étudier mais le travail de déconstruction autour des idées reçues ainsi que la création de ponts entre les disciplines, les générations, les pays et les acteurs sont particulièrement intéressants.

Si à ce jour, on ne peut juger de ses impacts concrets dans l’orientation des programmes de développement et des politiques publiques des pays étudiés, on peut toutefois souligner l’originalité de son approche. En particulier, le caractère collaboratif de l’étude qui mobilise à la fois les gouvernements, les ONG, les chercheurs et les personnes concernées dans chaque pays. L’aspect pluridisciplinaire permet également de mettre en évidence le caractère hétérogène des situations de précarité et de vulnérabilité.

Finalement, un des enjeux prioritaires de la recherche Young Lives est d’intégrer la question de la pauvreté chez les enfants dans les discours politiques. Cette étude à l’audace de considérer la pauvreté infantile comme un phénomène social à part entière et de placer l’enfant au même rang que l’adulte, à savoir, une personne dotée de droits et un potentiel acteur du changement. À condition donc qu’on lui en donne les capacités.

 


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.Licence Creative CommonsCe(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.

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