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Portrait : Alexandria Ocasio-Cortez, espoir pour l’Amérique et antithèse de l’establishment

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Portrait : Alexandria Ocasio-Cortez, espoir pour l’Amérique et antithèse de l’establishment

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Elle s’appuie fermement sur le bar, comme pour se retenir de tomber. Entourée de son équipe et de ses supporters, les yeux rivés sur l’écran de télévision au-dessus de sa tête, Alexandria Ocasio-Cortez ne semble pas réaliser. Ses mains qui cachent la moitié de son visage trahissent sa surprise mais l’éclat de ses yeux exprime une joie intense. En ce soir de novembre 2018, la femme de 28 ans devient la plus jeune représentante élue de l’histoire du Congrès américain.

« Tu vois, tout cela nous appartient » lui avait dit son père, originaire de Porto-Rico, devant les bâtiments du Congrès à Washington. Alexandria n’avait alors que cinq ans et aujourd’hui, elle le sait, il serait très fier d’elle.

Alexandria Ocasio-Cortez sera la représentante du Queens et du Bronx, ce borough de New York qui lui est si cher et dans lequel elle était encore serveuse dans une taqueria il y a peu. Par son élection, « AOC » insuffle sans aucun doute un vent nouveau sur la classe politique américaine.

Alexandria Ocasio-Cortez mais aussi Amy Vilela, Cori Bush ou Paula Jean Swearengin sont toutes candidates démocrates à la primaire du Congrès dans différents États. Le documentaire Knock Down the House sur Netflix (Cap sur le Congrès, Rachel Lears, Netflix, 2019) suit les histoires de ces femmes qui ont dû, dès les primaires, mener une campagne acharnée face à des candidats confortablement installés dans leurs fauteuils.

La candidature de ces femmes dont la politique n’est pas le métier, issues de milieux sous-représentés, suffit à remettre en cause « l’establishment » alors même que les hommes blancs représentaient encore 85% des élus au Congrès jusqu’au début des années 2000 (contre 65% aujourd’hui, un taux historiquement bas).

L’establishment, ce terme anglais aussi utilisé en français, est apparu pour la première fois sous la plume de l’essayiste américain Ralph Waldo Emerson au XIXème siècle. Il désigne l’ensemble des personnes qui contrôlent l’ordre établi et cherchent à le maintenir, dans leur intérêt. Ces personnes occupent l’espace politique, économique ou encore médiatique durant de longues années, comme les Congressmen élus pour des mandats à répétition, mais aussi d’autres figures politiques et tout un ensemble de gens privilégiés et puissants dans différentes sphères, politiques mais aussi économiques.

La contestation de l’establishment, sur laquelle s’appuient notamment les candidates démocrates aux parcours atypiques, est aussi un argument utilisé par les populistes de l’autre côté du spectre politique, qui pointent du doigt les inégalités sociales créées par le « système ». Donald Trump a ainsi construit – et gagné – sa campagne électorale de 2016 sur son opposition viscérale aux élites politiques, lui qui incarne pourtant un establishment économique, et dont les préoccupations quotidiennes sont bien éloignées de celles de ses nombreux électeurs de la classe ouvrière…

A contrario, les femmes comme Alexandria Ocasio-Cortez qui se sont présentées au Congrès en 2018 viennent de milieux sociaux moins favorisés et portent des idées qui visent à transformer la politique en profondeur.

C’est dans cet état d’esprit réformateur que se sont créées, à la suite de la campagne de Bernie Sanders, candidat à la primaire démocrate pour la présidentielle de 2016, le « Brand New Congress » et « Justice Democrats », des organisations citoyennes visant à recruter des candidats « normaux » (« everyday people »), représentatifs du peuple américain.

C’est le frère d’Alexandria qui présente sa sœur par le biais d’un système de proposition open-source de candidats, et, très remarquée pour ses fortes convictions et sa personnalité singulière, elle est alors choisie.

À partir de ce moment, la course à la primaire démocrate s’engage pour AOC. Face à elle, un certain Joseph Crowley, indétrônable Congressman blanc de 56 ans qui siège depuis vingt ans au Congrès. Il est soutenu par certaines entreprises privées, et sa campagne coûtera presque vingt fois plus cher que celle d’AOC. Pour les médias, l’opposition entre les deux démocrates, c’est du pain béni. Un David et Goliath des temps modernes.

AOC, dont la lutte contre les inégalités sociales est l’un des combats de cœur, dénonce les « big money politicians », les lobbies, et refuse catégoriquement de recevoir de l’argent en provenance d’entreprises privées.

Porte à porte, tracts, meetings, elle mène une lutte sans merci. AOC fait parler d’elle sur les réseaux sociaux, dont elle se sert parfaitement, des tweets directement adressés à Donald Trump à ses stories Instagram de vie quotidienne – toujours en lien avec ses convictions politiques.

Elle parvient à trouver des signatures et de nombreux soutiens sur son chemin, semé d’embûches, de l’élection au Congrès. « Si j’avais été une personne rationnelle, je n’aurais jamais continué », dira-t-elle.

De la primaire à aujourd’hui, la jeunesse et l’inexpérience d’Alexandria Ocasio-Cortez lui sont souvent reprochées voire utilisées comme arguments pour la décrédibiliser. Mais c’est aussi ce qui fait sa force. Si la jeune parlementaire suscite autant de réactions, c’est qu’elle ne laisse personne indifférent et dérange les garants de l’establishment. Nouvelle figure montante de la gauche américaine, elle n’est pas qu’un profil diamétralement opposé à la majorité des politiques « de carrière » aux États-Unis. Elle fait aussi bouger les lignes par ses idées et son charisme.

Par son âge, elle incarne une génération déconnectée de la politique et qui ne se sent pas en phase avec ses représentants. AOC est une experte de la communication sur les réseaux sociaux et interagit avec les jeunes par ce biais. Elle remet sur le devant de la scène les préoccupations de sa génération soucieuse de justice sociale et très concernée par la cause écologique, qu’elle saisit à bras le corps, comme en témoignent son Green New Deal, plan environnemental drastique pour lutter contre la crise climatique qu’elle présente en compagnie d’Edward Markey au Congrès en 2018, ou encore sa formule, devenue virale : « climate delayers are the new climate deniers » (« les personnes qui remettent le sujet écologique à plus tard sont les nouveaux climato-sceptiques »).

Par son origine sociale et sa forte conscience de classe, elle représente les « working people » (la classe ouvrière) et défend avec beaucoup de ferveur le droit à l’assurance santé pour tous en s’appuyant sur son expérience ou celle de ses proches. Récemment, dans l’une de ses stories Instagram, elle explique qu’elle s’est faite poser des bagues orthodontiques, ce qu’elle ne pouvait pas se permettre il y a quelques années lorsqu’elle ne bénéficiait d’aucune couverture santé.

Par ses origines portoricaines, elle a toujours un mot d’espagnol à adresser aux habitants de sa circonscription, dont la moitié est hispanophone. Elle milite pour les droits des immigrés à travailler, lutte contre les discriminations, et s’engage sans hésiter au sein du mouvement « Black Lives Matter » suite à la mort de George Floyd.

Par son genre, elle sait aussi représenter toutes les femmes, et notamment les femmes victimes de harcèlement, lorsqu’elle répond le mois dernier aux attaques (« disgusting », « crazy », « fucking bitch ») de l’un de ses détracteurs, le représentant républicain Yoho, et en fait un discours poignant contre le harcèlement qui sera partagé des millions de fois sur internet.

Proche de ses électeurs et de ses followers, engagée corps et âme avec authenticité dans chacun de ses combats, AOC démontre que les citoyens « ordinaires » ont toute leur place au Congrès, et qu’ils seraient même les plus légitimes.

Très remarquée lors de ses interventions publiques, par ses tweets, et ses discours au Congrès, elle représente un immense espoir pour la nouvelle gauche américaine, même s’il faudra attendre quelques années avant que l’intrépide AOC n’atteigne l’âge légal de 35 ans pour se présenter à la primaire de l’élection présidentielle… « If they’re good enough, theyll win, if we are good enough, well win » avait-elle lancé avec audace lors de sa campagne. Implacable.

 

Photo: Ståle Grut / NRKbeta


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.

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