Bien-être de l’enfant & lutte contre les inégalités : les combats derrière le congé paternité

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Bien-être de l’enfant & lutte contre les inégalités : les combats derrière le congé paternité

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Le récent rapport sur les 1 000 premiers jours de l’enfant préconise au gouvernement de « faire du soutien aux jeunes enfants et à leurs parents une priorité de l’action publique », et recommande, entre autres, d’allonger le congé paternité à neuf semaines.

Parallèlement, beaucoup de jeunes pères ont passé plus de temps auprès de leur nourrisson du fait du confinement, et n’hésitent pas à prendre la parole sur le sujet. Le congé paternité est aussi au coeur d’inégalités aussi bien sociales que sexuelles.

Sa durée reste également très hétérogène dans le monde, et révèle des disparités fortes avec nos voisins plus ou moins lointains.

9 semaines pour “construire un relation harmonieuse” avec son nouveau-né

Le rapport sur les 1000 premiers jours de l’enfant, du quatrième mois de grossesse à ses deux ans, a été rédigé par une commission de 18 experts « spécialistes de l’éducation ou de l’éveil des enfants, acteurs de terrain de l’accompagnement social des parents, pédiatres et praticiens hospitaliers, sage-femme » et présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik.

Remis le 8 septembre dernier au secrétaire d’Etat chargé de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, il avait pour objet de fournir des recommandations sur quatre grands axes de travail :

  • Améliorer la communication, l’information et les recommandations aux parents en termes de santé publique pendant les 1000 premiers jours de l’enfant
  • Proposer un véritable parcours de consultations, simple et balisé – notamment en termes de rendez-vous médicaux – que les parents pourront suivre sur cette période
  • Fournir un avis scientifique sur les congés parentaux au sens large, en prenant en compte les besoins de l’enfant, des parents, la place du père et la question du retour à l’emploi
  • Se pencher sur de nouveaux modes de garde à construire sur les 10 prochaines années

Le rapport rappelle en introduction que les 1000 premiers jours de l’enfant représentent un enjeu crucial dans le monde scientifique, puisqu’ils constituent « une période sensible pour le développement et la sécurisation de l’enfant, qui contient les prémisses de la santé et du bien-être de l’individu tout au long de la vie. »

Selon le rapport, « il faut du temps, de la disponibilité et de la proximité physique et émotionnelle de la part des parents pour qu’ils construisent avec leur bébé une relation harmonieuse », d’où la recommandation d’allonger le congé paternité à 9 semaines en France.

Un avis largement partagé par les français, sondés en 2018 par le Huffington Post, puisque 88% d’entre eux trouvaient déjà que le congé paternité était « important pour créer un lien avec l’enfant ». 

Les pères veulent prendre leur part

Erwan est papa depuis un peu plus d’un an. Après les 3 jours de congés de naissance à l’arrivée de son fils, il eu la chance de pouvoir prendre deux semaines de congés payés pour s’occuper de son nouveau-né aux côtés de sa femme.

Après des calculs minutieux, Erwan choisit de prendre ses 11 précieux jours de congés paternité le plus tard possible dans la limite des 3 mois autorisés : « c’était le moment où ma femme en avait le plus besoin, car il commençait à beaucoup bouger ».

Il raconte ainsi sa double frustration de quitter aussi vite son nourrisson et sa femme. « Le père ne le voit pas grandir tous les jours » déplore-t-il, et « le fait qu’elle s’occupe seule de notre fils l’a beaucoup fatiguée en plus de l’allaitement, ça n’a pas été évident pour elle de reprendre le travail après cette période ». Pour Erwan, la normalité serait que le père ait la possibilité de prendre autant de congé que la mère.

Des inégalités institutionnalisées 

Tout d’abord, on observe une inégalité sociale criante derrière les 67% de papas qui prennent effectivement ce congé, encore optionnel à ce jour. En effet, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) constatait en 2018 qu’ils étaient 80% à le demander en CDI, alors qu’ils n’étaient plus que 47% à en faire la demande en CDD ou autre contrat précaire.

Et surtout une inégalité entre les sexes. En 2018, selon l’étude du Huffington Post, 89% des personnes interrogées trouvaient que le congé paternité était « important pour aider la mère » et 82% qu’il permettait « de mieux répartir les tâches ménagères et familiales », et ce au quotidien.

En effet, les inégalités face au travail domestique se creusent au moment d’une naissance. La mère apprend seule beaucoup des gestes de soin de l’enfant, qu’elle aura tendance à davantage prendre en charge par la suite en plus de la gestion du foyer qu’elle assume en grande partie faute de partenaire disponible pour l’aider dans la semaine.

Cela se confirme d’ailleurs dans les chiffres. En 2015, une analyse de l’INSEE basée sur plusieurs études réalisées entre 1974 et 2010 montrait que les mères assumaient encore 65% du travail parental.

Et ce constat ne date pas d’hier, comme le montrent plusieurs autres études de longue date. En 2005 déjà, Garner, Meda et Senik, relevaient que « les femmes dédiaient, en moyenne, plus du double d’heures journalières aux activités domestiques et de soin que les hommes ». Le rapport Eurostat de 2006 confirmait ce constat à l’échelle européenne avec “au moins 80 % d’entre elles qui réalisaient ce type de tâches tous les jours.”

Si l’on peut penser que la société avance sans cesse vers plus d’égalité (c’est le cas sur les 35 dernières années), les chiffres de l’INSEE nous poussent à rester prudent car ce mouvement a été le plus fort dans les années 1970-1980, mais tend à se ralentir depuis, faisant penser que le plafond de verre serait toujours aussi solide.

La question de la durée du congé paternité et le fait de le rendre obligatoire ou non serait donc également un puissant accélérateur d’égalité entre les sexes, aussi bien dans la sphère domestique que professionnelle. Comme le soulève Laurence Parisot, ex-présidente du Medef : « Un congé paternité obligatoire rétablit l’égalité du regard porté sur la femme et l’homme dans l’entreprise ». Toujours selon l’étude du Huffington Post, les français acquiescent à 46%, et parmi les parents interrogés, à 51%.

Avancer dans le classement européen des pays les plus égalitaires

Tristan vit en Norvège depuis 2014 et a pu prendre un congé de 5 mois quand son deuxième enfant est né. Là-bas, les parents disposent de 3 mois chacun de congés obligatoires, puis de 4 mois de congés à se répartir.

Il revient sur cette expérience et raconte la façon dont les Norvégiens prennent habituellement les congés parentaux, le plus souvent en alternance. Au bout d’un temps, les deux parents se retrouvent donc seuls à s’occuper de leur nourrisson, à tour de rôle. Il évoque également les profonds changement sociétaux que cela induit.

« L’instinct maternel n’existe pas plus que l’instinct paternel. »Tristan Champion s’est installé en Norvège en 2014. Il a pris un congé parental de 5 mois à Oslo pour la naissance de son deuxième enfant.

Gepostet von Simone Media am Samstag, 26. September 2020

 

Pour rappel, en France, les pères ont aujourd’hui droit à un congé de naissance de 3 jours de l’employeur qui peut se poursuivre avec un congé paternité de 11 jours calendaires pris en charge par l’assurance-maladie.

La bonne nouvelle pour 2021

Suite au rapport remis en septembre, le gouvernement a annoncé mardi 22 septembre dernier l’allongement du congé paternité à 28 jours. Cette mesure devrait voir le jour dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) en 2021 et être donc effective en juillet prochain.

Le gouvernement a également annoncé que 7 jours de ce congé devraient être rendus obligatoires, même si toutes les modalités de cette réforme ne sont pas encore arrêtées. Cela permettrait justement aux pères ayant des emplois plus précaires de bénéficier davantage de ce congé. 

Passionnant, accessible et plein de propositions concrètes, le rapport des 1000 premiers jours de l’enfant rappelle au gouvernement que cette période « recèle des enjeux considérables pour la société » et que « garantir la bonne santé et le développement des enfants aujourd’hui, c’est agir pour les parents, les citoyens, et la société de demain ».

De nouvelles annonces gouvernementales devraient suivre pour soutenir davantage les jeunes enfants et leurs parents suite à ces recommandations, rendez-vous donc très prochainement !

 


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.

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