La Maison de l’éducation : pour l’autonomisation et l’éducation des filles au Sénégal

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La Maison de l’éducation : pour l’autonomisation et l’éducation des filles au Sénégal

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A Ziguinchor, ville située au sud du Sénégal, l’une des plus pauvres du pays, la déscolarisation et l’accès inégal à l’éducation demeurent des fléaux. Si le taux brut de scolarisation a progressé jusqu’à atteindre 94% en 2017 dans la région de la Casamance dont Ziguinchor est la capitale, ce chiffre occulte des réalités préoccupantes : taux d’abandon de l’école élevé, faible nombre d’élèves passant en cycle secondaire, disparités d’accès à l’éducation liées au niveau de revenu des familles.

C’est dans cette région que l’association Futur au Présent décide de poser ses valises et de créer la « Maison de l’Education ».

 

Naissance de la Maison de l’éducation

Tout commence en 2014, ou plutôt en 2012, date à laquelle Futur au Présent intervient pour la première fois en Casamance via une maison d’accueil. Un double constat émerge alors peu à peu : de nombreux enfants fréquentant cette maison sont déscolarisés ou inscrits à l’école sans pour autant suivre une réelle scolarité. Ces enfants travaillent le plus souvent dans le but d’apporter des revenus supplémentaires à leur famille. Une enquête est alors menée, et le manque de moyens financiers des parents est l’un des premiers facteurs mis en cause.

En septembre 2014, après de nombreuses études de terrain, le programme Maison de l’Education (MDE) voit finalement le jour dans le quartier de Kandé à Ziguinchor. Son objectif ? Sortir les enfants de cette situation de travail précoce, les scolariser et les accompagner dans leur réussite scolaire.

Le programme s’adresse exclusivement aux filles, leur scolarité étant davantage fragilisée. Ces dernières sont en effet particulièrement affectées par le travail précoce :  le gouvernement sénégalais estime que 13,8% des filles de 7 à 15 ans effectuent plus de 28 heures de travail par semaine contre 1,8% des garçons.

« L’éducation des filles reste aujourd’hui un objectif à atteindre. Elle est tributaire des conditions socioéconomiques des familles et des représentations socio-culturelles qui jouent parfois en sa défaveur. » Des campagnes de sensibilisation sont à cet effet menées auprès des parents, et le dispositif MDE offre un exemple pratique aux populations qui peuvent constater directement les effets sur leurs enfants.

 

Un dispositif complémentaire à l’école publique

Depuis 2014, 175 filles âgées de 6 à 14 ans ont pu être accompagnées. Des enquêtes sociales réalisées chaque année permettent d’identifier les bénéficiaires du programme et de vérifier qu’elles répondent aux critères de la Maison de l’Education (situation sociale de la famille, non-scolarisation ou scolarisation « fantôme », travail précoce, critères géographiques).

Le programme est conçu comme un dispositif complémentaire à l’école publique, mais ne s’y substitue en aucun cas, l’objectif est d’accompagner le parcours scolaire des enfants. Concrètement, la Maison de l’Education procède au paiement des frais scolaires (inscription, uniformes, kit scolaire initial et son renouvellement), aux frais de santé, à la prise en charge et à l’accompagnement de l’enfant. La famille du bénéficiaire s’engage par ailleurs à ce que l’enfant cesse de travailler et se consacre pleinement à sa scolarité.

Les filles fréquentent la Maison de l’Education dès qu’elles n’ont pas cours à l’école et bénéficient d’un soutien scolaire leur permettant d’assimiler les connaissances et savoir-faire étudiés à l’école. Une importance particulière est mise sur l’apprentissage du numérique, indispensable pour la poursuite d’études et pour de futurs débouchés professionnels. « A la Maison de l’Education, les enfants ont accès aux outils numériques, ce qui n’est pas forcément le cas au sein de l’école publique faute de moyens. » souligne Magor, chargé de projet. Les activités mises en œuvre ne se limitent donc pas au programme scolaire et aux disciplines enseignées à l’école publique.

De façon générale, la MDE cherche à doter les filles de toutes les ressources leur permettant de s’émanciper et d’être autonomes. Des modules de danse, chant, ou encore de théâtre sont organisés et spécifiquement orientés vers l’affirmation de soi.

« Une grande collaboration existe entre l’équipe pédagogique et les enseignants de l’école publique qui communiquent régulièrement pour assurer le suivi des élèves. En cela la Maison de l’éducation s’inscrit dans une démarche de complémentarité avec l’école publique » poursuit Magor.

Enfin, deux éducateurs spécialisés composent l’équipe pédagogique de la MDE afin d’assurer le suivi psychosocial des enfants. Assurer ce suivi est indispensable car les conditions de vie sociales et familiales des bénéficiaires sont particulièrement précaires et instables. Leur situation les expose et les rend davantage vulnérables au décrochage scolaire. Le suivi psychosocial doit permettre aux filles de trouver plus pleinement leur place et de s’investir dans le parcours école et Maison de l’Education au minimum jusqu’à la fin du cycle élémentaire.

C’est au début du dispositif que le décrochage scolaire est le plus important. L’équipe pédagogique s’efforce d’impliquer non seulement l’école publique mais aussi les familles pour limiter ce risque. Les éducateurs échangent régulièrement avec ces dernières pour les mettre à contribution, les informer des résultats scolaires. Une collaboration indispensable à la réussite des enfants.

 

Elargir les bénéficiaires de la MDE : un beau projet en perspective

Plus de 175 filles accompagnées, dont 70% obtenant des résultats scolaires qui les font figurer en tête de classe. Ces résultats ont suscité espoir et adhésion des institutions locales et académiques.

La crise sanitaire a bien entendu apporté son lot de bouleversements mais aussi d’apprentissages. « Au début de la pandémie le Sénégal a fermé pendant trois mois. Il a fallu filmer les enseignants et diffuser le tout sur un réseau câblé avec l’autorisation de l’inspection académique. » raconte Marine Fourié, directrice exécutive de Futur au Présent au Sénégal. Cela a permis de conserver des liens avec les enfants mais a également des limites. « Les parents n’acceptaient pas toujours l’idée que les enfants puissent travailler via un canal qu’ils considéraient comme une source de divertissement (la télévision) ». Alors il a fallu se renouveler et la Maison de l’Education a opté pour la distribution de polycopies.

Aujourd’hui, Futur au Présent se concentre sur de nouveaux projets. « Notre réflexion s’oriente vers une réplication des Maisons de l’Education dans d’autres villes du Sénégal » confie Marine. A Tambacounda où l’association Futur au Présent dirige un programme de réinsertion post-carcérale, la demande est déjà là et émane de la mairie. « Nous aimerions aussi réussir à fournir des moyens de transports pour élargir le dispositif MDE à des enfants qui seraient trop éloignés géographiquement pour en bénéficier ». Avec la même ambition qui porte le projet Maison de l’Education depuis ses débuts : accompagner les filles, les aider à identifier leur potentiel et à retrouver leur enthousiasme.

 


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.

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Article écrit par Manon Philippe, Photo @FAP

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