Le rôle clé des sages-femmes auprès des femmes enceintes des zones rurales

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Le rôle clé des sages-femmes auprès des femmes enceintes des zones rurales

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Les pays les plus défavorisés sont souvent les plus démunis face à la question de la maternité et de l’encadrement des naissances. En effet, encore trop de femmes et d’hommes ignorent comment aborder la maternité et permettre aux femmes de donner naissance dans des conditions d’hygiène et de santé décentes, et on dénombre encore trop de femmes qui meurent en couche, ou de décès néonatals. Selon l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), les complications connexes liées à une grossesse sont la principale cause de mortalité des filles âgées entre 15 et 19 ans, et un million de femmes souffriraient chaque année de complications potentiellement mortelles durant leur grossesse.

Cependant, une profession joue un rôle clé dans l’amélioration des conditions de maternité de ces femmes et dans la prévention des risques auprès des populations : les sages-femmes. Les sages-femmes sont la pierre angulaire de la lutte contre la mortalité infantile et du combat pour des meilleures conditions d’accès aux soins et à l’information des femmes enceintes, et elles sont d’ailleurs au cœur de la stratégie mondiale 2016-2030 pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents.

Grâce aux sages-femmes, de nombreuses femmes voient leurs conditions de santé améliorées durant leur grossesse, et de plus en plus de naissances sont menées à terme dans un contexte sanitaire et médical adéquat. Toutes les organisations internationales tombent d’accord sur ce point : la profession est, à travers le monde, le garant de meilleures conditions de maternité et de natalité, et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime d’ailleurs que d’ici à 2030, 9 millions de sages-femmes supplémentaires seront nécessaires pour permettre aux femmes du monde entier de vivre leur maternité correctement.

Les sages-femmes ont de multiples défis à relever néanmoins pour atteindre leurs objectifs et rallier les populations à leur cause. La formation, l’accès aux zones reculées ou encore le poids des croyances font partie de leur quotidien. Des difficultés qui ne semblent pas les décourager pour autant, au contraire. Petit tour d’horizon sur trois continents différents, du côté de l’Inde, du Guatemala et du Liberia.

 

La formation au cœur du dispositif 

Tout commence par-là : des sages-femmes qui sont formées et qui ont les moyens et la connaissance suffisants pour se maintenir à niveau et prendre le relai auprès des populations. La formation à cette profession est donc primordiale dans les pays où la réduction de la mortalité infantile est un réel enjeu de société. L’association indienne Society of Midwives-India (SOMI) parcourt le pays pour sensibiliser les sages-femmes, les former, et leur permettre de suivre les évolutions en matière de progrès médical et d’innovation en la matière. En Inde, chaque année, 35 000 femmes décèdent durant la maternité et 272 000 enfants mort-nés sont à déplorer. Le Gouvernement indien a lui aussi pris la décision d’accélérer la formation et l’accès à la connaissance des sages-femmes grâce à la mise en place de politiques publiques. L’État prévoit notamment la création de 85 000 postes de sages-femmes supplémentaires, déjà au nombre de 900 000 dans le pays.

Au Liberia, 44 % des femmes accouchent à leur domicile et un accouchement sur 138 se traduit par un décès. Par ailleurs, le pays ne compte que 200 sages-femmes formées pour 4 millions d’habitants. Le Liberia a donc décidé de mettre la formation des sages-femmes au cœur de son action gouvernementale, avec l’objectif de réduire de 50 % le taux de mortalité infantile et le nombre de décès en couche d’ici à 2023. Dans ce contexte, le ministère de la Santé du Liberia a lancé un partenariat avec l’OMS et l’UNFPA, afin de mettre en place des programmes de formation intensifs à destination des sages-femmes. Par ailleurs, en 2018, l’organisation Seed Global Health a lancé une initiative pour renforcer la formation des sages-femmes, grâce à la Clinical Nurse Specialist (CNS). L’objectif est de renforcer leurs compétences techniques, leur compréhension des enjeux et risques liés à la maternité et la manière dont elles peuvent seconder les femmes du pays. D’autres associations comme la Maternal & Childhealth Advocacy International (MCAI), proposent également des formations permettant d’acquérir des compétences en soins néonatals ou encore en anesthésie obstétrique.

 

Les sages-femmes sont la pierre angulaire de la lutte contre la mortalité infantile et du combat pour des meilleures conditions d’accès aux soins et à l’information des femmes enceintes, et elles sont d’ailleurs au cœur de la stratégie mondiale 2016-2030 pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents.

 

Au Guatemala, entre 88 et 153 femmes meurent en couche pour 100 000 naissances, et les populations indigènes du pays sont deux fois plus confrontées aux risques liés à la maternité que les autres. Ces populations indigènes – les Mayas – représentent 40 % de la population totale du pays, et vivent majoritairement en zones rurales. La plupart des femmes donnent naissance à leur domicile. Pour cette raison, l’UNFPA a mis en place des programmes de formation destinés aux sages-femmes, pour leur permettre de mieux appréhender la gestion de la maternité, la sensibilisation des populations ainsi que la gestion de la natalité dans ces zones rurales. Des associations locales jouent également un rôle important dans la formation des sages-femmes, comme l’association Corazon del Agua, qui a mis en place la première formation diplômante destinée aux sages-femmes, et également accessibles aux femmes indigènes.

 

Le défi des zones rurales

Une fois formées, les sages-femmes sont confrontées à un autre obstacle, celui des zones rurales. De nombreuses femmes sont coupées de tout dispensaire ou hôpital, et sont loin d’être familiarisées avec les connaissances de base importantes en matière de santé. Au Liberia, les femmes qui accouchent à leur domicile, loin d’un système médical, sont majoritairement des femmes qui vivent en zone rurale, et certaines d’entre elles méconnaissent le métier de sage-femme et l’importance de cette profession. De plus, de nombreux villages sont souvent difficiles d’accès, et les infrastructures du pays ne permettent pas aux sages-femmes de se déplacer simplement et rapidement dans ces zones. La Liberia Midwife Association fait partie de ces organisations qui aident les sages-femmes à atteindre les zones reculées, particulièrement dans l’arrière-pays, et à mettre en place des campagnes de sensibilisation auprès des populations et des femmes directement, afin qu’elles comprennent pourquoi les sages-femmes ont un rôle clé à jouer dans leur grossesse, leur connaissance des questions de natalité, et la bonne santé de leurs futurs enfants.

En Inde, les femmes des zones rurales sont celles qui ont le moins accès à la connaissance en matière de grossesse, de contraception, de naissances, etc., et qui n’ont pas ou peu accès à des dispositifs comme le planning familial. Elles sont également nombreuses à ne jamais avoir été scolarisées. L’UNICEF, le Gouvernement et plusieurs associations locales travaillent à réduire le manque de connaissance et d’accès aux soins de ces femmes, notamment celles qui vivent au sein de tribus, où le poids des traditions et des croyances peut être un frein supplémentaire. Ainsi, les femmes peuvent bénéficier de traitements à base de compléments alimentaires, elles sont aussi sensibilisées à l’importance des services de santé et du rôle des sages-femmes durant leur grossesse, ou encore à l’importance de se nourrir correctement ou de ne pas poursuivre une activité professionnelle trop contraignante qui mettrait la grossesse ou la femme à risque. Les sages-femmes accompagnent aussi les femmes dans la compréhension des règles d’hygiène de base, comme se laver les mains régulièrement pour limiter les infections.

Les femmes indigènes du Guatemala, en plus de vivre au sein de zones reculées, sont aussi confrontées à la barrière de la langue, qui les empêche d’accéder aux informations et conseils prodigués par le ministère de la Santé par exemple. De plus, les Mayas et les Guatémaltèques ont des cultures et traditions qui divergent par endroit, et cela peut engendrer de l’incompréhension voire une incapacité à se mettre d’accord sur des sujets comme la maternité et la natalité. Or, 90 % des accouchements que doivent assurer les sages-femmes ont lieu dans ces zones rurales. D’où l’importance de pouvoir aussi compter sur des sages-femmes parmi les indigènes, qui savent prendre en considération les traditions locales pour faciliter la compréhension et la communication sur ces enjeux cruciaux.

C’est ce que font certaines associations, comme l’une d’entre elles formée par des sages-femmes dans la région de Concepcion Chiquirichapa, qui a créé un centre de médecine naturelle, au sein duquel les femmes mayas peuvent accoucher et être suivies pendant leur grossesse. Ce type de structures rassure donc ces femmes qui se sentent en confiance et plus à même de confier leur santé et leur maternité à des sages-femmes rattachées à leur communauté – de nombreux exemples à suivre pour améliorer l’accès aux soins des femmes enceintes à travers le monde.

 


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.

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