Le voyage se heurte de moins en moins aux limites de genre

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Le voyage se heurte de moins en moins aux limites de genre

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Percival Harrison Fawcett est sans aucun doute l’un des plus grands explorateurs du 20e siècle. Ses découvertes en Amazonie, son histoire et le mystère entourant sa disparition ont fait l’objet d’un livre écrit par David Grann journaliste au New York Times, puis d’une adaptation cinématographique, the Lost City of Z. Ce récit d’aventures est l’un des plus marquants qu’il m’ait été donné de lire. Après Marco Polo, Christophe Colomb, ou encore Saint Exupéry, ma -notre- fascination pour l’épopée de ces grands aventuriers demeure intacte. Parmi ces figures de proue, les femmes semblent une fois de plus aux abonnées absentes. Inexistantes, sous représentées ou effacées de l’histoire ? Le mystère reste entier. Dans nos sociétés modernes, le voyage et l’exploration semblent enfin à portée de main, indépendamment des questions de genre, mais qu’en est-il réellement ?

 

L’exploration, une conquête féministe ancienne

En effectuant une recherche superficielle des explorateurs, constructeurs d’empires, cartographes de ce monde vous y trouverez presque exclusivement des hommes. Interrogez-vous, fouillez dans votre mémoire ou dans vos cours d’histoire et il en sera probablement de même. Méconnues en comparaison de leurs homologues masculins, presque effacées de l’histoire, les exploratrices existent pourtant bel et bien, et pas uniquement les voyageuses des temps modernes. On situe les premiers voyages d’exploration féminins aux alentours des années 1850. Auparavant et au cours de cette même période beaucoup de femmes voyageaient déjà de manière non officielle, parfois dissimulées sous des habits ou une identité d’homme !

Nellie Bly est la première femme à avoir réalisé le tour du monde en solitaire en 72 jours, elle est surtout une pionnière du journalisme d’investigation. Née en 1864 en Pennsylvanie, Nellie commence sa carrière de journaliste au département féminin du Pittsburgh Dispatch qu’elle quittera très vite pour devenir correspondante au Mexique et traiter avec audace des sujets difficiles tels que la corruption, l’exploitation des ouvriers. Un mandat d’arrêt délivré par les autorités mexicaines la contraint à retourner dans son pays natal, à New York, où elle choisit de tenter sa chance. Elle obtient un poste au très prisé New York World, où Joseph Pulitzer directeur du journal lui confie une mission d’infiltration et d’investigation dans un asile psychiatrique.

La journaliste y séjourne pendant dix jours et publie à son retour un rapport dénonçant les conditions de vie extrêmes, la violence et la maltraitance des patients. L’opération est un succès, l’article fait grand bruit auprès du grand public et permet une hausse des financements au sein des unités de psychiatrie. Mais Nellie Bly ne s’arrête pas là. Plus tard, elle suggère une opération pour le journal consistant à faire le tour du monde et à battre le record de Phileas Fogg, héros du célèbre roman « Le tour du monde en quatre vingts jours » de Jules Verne. Elle doit d’abord faire face aux réticences de Pulitzer qui lui préférerait un homme mais parvient à convaincre celui-ci et à établir un nouveau record : le tour du monde en 72 jours. Nellie Bly devient la première journaliste influente de l’époque malgré tous les obstacles que sa condition de femme lui a imposés. Elle rejoint le banc des célèbres exploratrices telles que Jeanne Barret, première femme à avoir fait le tour du monde dissimulée sous une identité d’homme, Alexandra David Néel, première femme européenne à séjourner au Tibet ou encore Ida Pfeiffer, célèbre exploratrice autrichienne.

 

« Les femmes aussi sont du voyage »

« Pénétrer dans un univers essentiellement masculin n’est pas facile, il faut apprendre à ignorer les limites de genre et refuser qu’il puisse y avoir la moindre différence entre les libertés et ambitions des filles et celles des garçons ». Isabelle Autissier, présidente du WWF, et navigatrice revient régulièrement sur son parcours singulier, celui qui l’a conduit à entamer des études d’ingénieur, à mener une course autour du monde (le BOC Challenge) en solitaire, à militer pour l’environnement. Devenue une icône moderne et féminine du voyage et de la navigation, Isabelle souhaite avant tout « élargir l’imaginaire des femmes et combattre l’idée qu’il puisse y avoir des domaines réservés aux hommes ».

Et si pendant longtemps le voyage était plus accessible aux hommes, aujourd’hui les femmes sont de plus en plus nombreuses à voyager seules. En 2018, The Telegraph partageait une enquête démontrant qu’au Royaume Uni plus de la moitié des recherches de voyage en solitaire étaient effectuées par des femmes. En 2014, 72% des Américaines répondant au sondage du site d’hébergement en ligne Booking, déclaraient préférer partir seules en voyage.

A l’échelle mondiale, elles étaient 54 millions en 2014, puis 138 millions en 2017 d’après l’organisation mondiale du tourisme ! Les chiffres démontrent indéniablement que les femmes tentent l’aventure et que cette tendance est amenée à s’accentuer. En France, cet engouement se heurte encore à la peur de la solitude et à la crainte de l’insécurité. Seules 22% des Françaises auraient déjà voyagé en solitaire. Cela peut paraître peu mais ce chiffre va en augmentant.

Une thèse que confirme Lucie Azema dans son livre « Les femmes aussi sont du voyage ». Dans cet essai, la journaliste étudie le voyage sous le prisme du féminisme. « Le voyage est un champ sous exploré des études féministes, alors que c’est un enjeu essentiel. » Un premier aperçu historique et sur les chiffres actuels nous montre que les femmes voyageuses ne sont pas des exceptions. Mais celles-ci voyagent moins que les hommes y compris de nos jours.

 

Lutter pour l’émancipation des femmes par le voyage

Les obstacles ne sont pas les mêmes qu’autrefois où les femmes étaient évincées du voyage sur le plan légal, ou par manque d’indépendance financière et de ressources économiques. Mais d’après la journaliste « on dissuade beaucoup plus les femmes que les hommes de partir à l’aventure, cela se matérialise par des mises en garde liées à la sécurité. Les femmes doivent faire exploser des murs beaucoup plus nombreux pour réussir à partir. »

Il est aussi plus difficile pour les femmes de s’affranchir de normes et d’injonctions sociales genrées comme la sécurité ou la maternité. Lucie Azema dénonce la persistance du voyage comme « fabrique de la masculinité permettant d’exhiber ses capacités physiques », à l’image de grands héros de la mythologie grecque tel Ulysse navigant en mer méditerranée tandis que Pénélope se consacre à son foyer.

Alors comment encourager les femmes à s’émanciper par le voyage ?

Certaines entreprises sociales ont décidé de s’appuyer sur le levier communautaire. NomadHer ou encore la Voyageuse ont pour ambition de mettre en relation et de rassembler les femmes voyageant seules. Ces dernières peuvent s’échanger conseils et recommandations, partager leurs expériences passées ou bénéficier d’hôtes féminins. Lancée en 2019, la plateforme la Voyageuse a déjà référencé plus de 1250 hébergeuses en France, en Inde, au Guatemala et à Haiti. NomadHer rassemble désormais une communauté de plus de 10 000 membres, et a organisé en juillet 2019 son premier « Female Globetrotter Festival ».

Le but ? Eviter que la peur de l’insécurité ne devienne un frein trop important pour les femmes désirant tenter l’aventure.

A celles qui hésiteraient à entreprendre un voyage en solitaire, la journaliste et féministe engagée Lucie Azema conseille de se demander : « Un homme se poserait-il ces questions ?» Si la réponse est négative alors il ne faut pas perdre de temps et entamer votre périple.

 


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.

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Photo : Pexels – Jaxson Bryden

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