Media Monitoring Africa : former la jeunesse pour déjouer les pièges de la désinformation

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Media Monitoring Africa : former la jeunesse pour déjouer les pièges de la désinformation

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La pandémie de Covid-19 a donné lieu à une prolifération sans précédent de fake news et théories complotistes. Si le phénomène est global, poussant l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à qualifier la situation d”infodémie”, soit une épidémie de fausses informations, il menace plus profondément les pays du continent africain, où les rumeurs se propagent comme des traînées de poudre sur les réseaux sociaux. Des ONG et collectifs de journalistes à l’image de Media Monitoring Africa en Afrique du Sud se mobilisent pour sensibiliser la population à la désinformation et former l’esprit critique des plus jeunes.

Des moustiques propagateurs du virus, l’huile de neem en cure miracle contre le coronavirus, des présidents africains assassinés pour leurs positions antivax… Voilà quelques-unes des nombreuses théories farfelues qui se sont propagées sur les réseaux sociaux ces derniers mois. Pour combattre le flot de fausses informations et de théories complotistes, en recrudescence depuis le début de la pandémie de Covid-19, plusieurs ONG, associations et collectifs de journalistes se sont organisés afin de débusquer ces fake news qui pullulent. Parmi elles, Media Monitoring Africa, une organisation basée à Johannesburg qui a créé le site internet Real411.org ainsi qu’un programme de formation à la désinformation dans les écoles du pays.

 

L’Afrique, continent le plus impacté par la désinformation ?

15 000. C’est le nombre de “fake news” publiées sur le coronavirus à travers le monde, selon l’Institut américain Poynter d’études des médias. Mais c’est en Afrique, que les populations se sentent le plus impactées par ce fléau. En effet, selon le dernier Digital News Report de Reuters Institute, qui a consacré toute une partie de son étude à la désinformation, ils sont 74% sur le continent à avoir déjà été exposés à une infox contre 54% en Europe et 63% en Amérique du Nord. Facebook, Whatsapp et Twitter sont les premières plateformes incriminées dans la propagation de ces fausses informations.

Cette tendance s’explique par la relation même qu’entretiennent les populations avec les réseaux sociaux. Face aux défaillances des médias et des pouvoirs publics, ce sont sur les réseaux sociaux que les citoyens s’informent et s’organisent. Les médias les plus sollicités sur le continent pour s’informer sont Facebook et Whatsapp. Pour les Africains, ils sont un moyen de savoir ce qui se passe dans les pays voisins et le reste du monde mais aussi de contourner les éventuelles censures étatiques.

En plus de semer le doute et la confusion à l’échelle virtuelle, ces fake news engendrent des drames bien réels : des incidents opposant des communautés dans plusieurs quartiers d’Abidjan en Côte d’Ivoire, la destruction de sites de dépistage ciblés par la population environnante qui pensait qu’il s’agissait de centres pour malades du coronavirus, des morts après automédication au kongo bololo en RDC, une plante présentée à tort comme étant proche de la chloroquine…

Si l’infodémie est globale, c’est sur le continent africain qu’elle semble faire le plus de ravages. Les fake news sont non seulement un facteur de désordre social mais menacent également le fonctionnement même des réseaux sociaux, ses détracteurs y voyant là une raison de censure. Selon William Bird, directeur de Media Monitoring Africa, qui oeuvre contre la désinformation en Afrique du Sud, les fakes news sont un vrai danger pour la paix sociale et les démocraties émergentes. “La désinformation qui existe sur le web peut causer autant de mal à une démocratie qu’une attaque terroriste surtout quand le pays en question ne bénéficie pas d’institutions solides pour répondre de manière adéquate à ces dangers” explique-t-il.

 

Des projets contre les fake news partout en Afrique

Sur le site Real411.org, lancé par Media Monitoring Africa pour répondre aux défis de la désinformation liée au Covid-19, n’importe quel citoyen peut reporter une plainte, c’est-à-dire une information en attente de vérification. Cette plainte est alors analysée par trois experts différents : un expert en média, qui est souvent journaliste, un expert légal, autrement dit un avocat et un expert en réseaux sociaux.

Face à la menace des fake news, des projets comme celui de Media Monitoring Africa se développent un peu partout en Afrique. Les plateformes de fact-checking alimentées par des journalistes locaux fleurissent : StopBlabla au Cameroun, Fasocheck au Burkina Faso, Ghana Fact au Ghana, CongoCheck en RDC, GuineeCheck en Guinée ou encore la web-radio ivoirienne diffusée sur la messagerie Whatsapp WA FM.

D’autres organisations de fact-checking couvrent plusieurs pays du continent. C’est le cas notamment de PesaCheck, qui opère dans 15 pays en Afrique de l’Est et de l’Ouest, surtout en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya, mais aussi d’Africa Check, une organisation indépendante de vérification des faits fondée en 2012 et qui dispose de bureaux au Kenya, au Nigeria, au Sénégal et en Afrique du Sud. En Afrique de l’Ouest, le site Dubawa.org se concentre sur les informations qui circulent au Ghana, au Nigeria, au Sierra Leone et au Liberia.

L’an passé, avant les élections présidentielles centrafricaines, l‘association des blogueurs centrafricains (ABCA) lance l’initiative “Yefanda”, qui signifie preuve en sango, langue nationale de la Centrafrique, un projet de fact-checking pour débusquer les intox qui circulent alors au sujet des élections.

Preuve que la désinformation est au centre des préoccupations, l’UNESCO a initié cette année un programme de fact-checking à destination des journalistes de 14 pays d’Afrique, dont le Bénin, le Niger, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Sénégal.

De son côté, Facebook, souvent pointé du doigt dans la propagation rapide des fake news, a également développé un programme de fact-checking disponible en Éthiopie, en Zambie, en Somalie et au Burkina Faso via un partenariat avec l’AFP; en Ouganda et en Tanzanie avec Pesa Check et l’AFP; en RDC et en Côte d’Ivoire grâce aux Observateurs de France 24 et l’AFP ; en Guinée Conakry avec l’aide des Observateurs ; au Ghana via la plateforme Dubawa, ainsi qu’en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigeria, au Cameroun et au Sénégal, via l’organisation Africa Check.

 

Lutter contre les fake news par l’éducation aux médias

Cependant, ces derniers efforts de Facebook ne suffisent pas. Selon une étude menée en 2020 sur de jeunes Africains âgés de 18 à 24 ans et issus de 14 pays par le PSB Research, plus de la moitié d’entre eux n’accordent pas leur confiance au réseau social. Ils sont même 67% à affirmer que les fake news impactent négativement leur capacité à s’informer. C’est pourquoi “l’éducation aux médias des plus jeunes est un vrai enjeu sur un continent où la population ne cesse de rajeunir”, rappelle William Bird.

En plus d’informer et de sensibiliser les populations aux dangers de la désinformation, certaines de ces structures de fact-checking proposent des formations destinées aux jeunes citoyens afin d’affuter leur esprit critique et de leur donner des clés pour bien s’informer. Ainsi, en 2016, Media Monitoring Africa crée le programme Web Rangers, afin de permettre aux adolescents de 12 à 17 ans venant de quartiers défavorisés d’Afrique du Sud de développer leurs compétences pour reconnaître une information douteuse. Les élèves des écoles sélectionnées apprennent ainsi à multiplier les sources d’information et sont formés aux bases du fact-checking. Ils sont ensuite encouragés à mener une campagne de sensibilisation à une meilleure utilisation d’internet et des réseaux sociaux au sein de leur établissement.

Mais l’organisation sud-africaine n’est pas la seule à cibler les jeunes. Le mouvement citoyen ivoirien Génération Innovante, à l’origine de la web-radio WA FM qui lutte contre la désinformation sur Whatsapp, intervient également dans quelques écoles du pays. Et pour toucher un large public qui a l’habitude de s’informer sur les réseaux sociaux, il publie des capsules vidéo pédagogiques sur Facebook, qui démontent les fake news les plus populaires du moment et délivrent des conseils pour apprendre à les reconnaître.

Avec le flot d’informations publiées chaque minute sur le web, il est devenu essentiel de développer des compétences pour évaluer leur crédibilité : recherche de preuves, analyse des sources et évaluation de la plausibilité des arguments avancés. Autant d’outils que les citoyens doivent pouvoir s’approprier pour mieux s’informer.

 

 


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.

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