WAPA : zoom sur le travail de l’association pour la réintégration des enfants soldats en RDC

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WAPA : zoom sur le travail de l’association pour la réintégration des enfants soldats en RDC

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WAPA est une association belge luttant contre l’utilisation d’enfants dans les conflits armés et travaillant à leur réintégration au sein de communautés renforcées. C’est aussi l’un des projets soutenus par notre fonds de dotation Azickia.

Il y a un an, WAPA nous confiait comment la crise sanitaire avait entraîné le report de plusieurs missions de terrain prévues au Kivu en République démocratique du Congo et l’avait amenée à organiser pour la première fois une mission virtuelle avec des partenaires potentiels.

Aujourd’hui, Solveig, l’une des co-fondatrices de WAPA, partage avec nous les premières réalisations de l’association en RDC où ils interviennent depuis janvier 2021.

 

Pourquoi la République démocratique du Congo ?

La République démocratique du Congo est l’un des pays les plus pauvres du monde, et le théâtre de guerres sanglantes et de conflits majeurs depuis 1994. Le premier conflit a mené à la destitution du président Mobutu Sese Seko, le deuxième de 1998 à 2003 a plongé la RDC et 9 pays voisins dans ce que l’on surnomme aujourd’hui « la guerre mondiale africaine ». Enfin depuis 2004, la guerre du Kivu est en cours. Le pays compterait à l’heure actuelle plus de 140 groupes armés. Les enfants sont les premières victimes de ces conflits armés puisque l’on comptabilise plus de 18 200 enfants soldats dans le pays, les deux tiers se situant au nord et au sud Kivu. Rappelons que le terme enfant soldat comprend toute personne de moins de 18 ans associé à un groupe armé quelle que soit la fonction qu’elle y exerce, pas uniquement les enfants porteurs d’armes ou combattant sur le front. La dénomination d’enfant soldat est plus large et comprend bien des formes (cuisiniers, messagers, esclaves sexuelles…).

18200 enfants soldats. Ce chiffre pourrait bien sous-estimer la réalité : « Officiellement l’armée congolaise ne recrute plus d’enfants soldats, or elle continue d’embrigader des filles comme esclaves sexuels, ce qui n’est pas comptabilisé. De plus, certains enfants sont civils en journée mais occupent une fonction d’enfant soldat dans des groupes armés le soir », précise Solveig.

Les deux tiers des groupes armés se trouvent au nord et au sud Kivu, la population y vit dans l’insécurité permanente, les enfants sont enlevés et embrigadés très jeunes, à partir de 8 ans. Pour son quatrième lieu d’intervention c’est donc dans la province du Sud Kivu que WAPA a décidé d’œuvrer aux côtés de partenaires pour la réintégration d’enfants soldats.

 

De la prévention à la réintégration : œuvrer pour les enfants en RDC

« Le programme en République démocratique du Congo est le plus complet, le plus holistique sur lequel nous avons travaillé car il touche à la fois à la prévention, à la libération et à la réintégration des enfants soldats. » m’explique Solveig. « Pour la partie prévention et libération des enfants soldats nous avons la chance de travailler avec un partenaire local, le Bureau pour le Volontariat au service de l’Enfance et de la Santé (BVES). »

Le BVES part à la rencontre des chefs de guerre et négocie sans contrepartie la libération des enfants. Le bureau explique aux chefs de commandement que le recrutement et l’utilisation d’enfants de moins de 15 ans constitue un crime de guerre et un crime contre l’humanité. Il les sensibilise, tente de les décourager à recruter des enfants. Les enfants libérés sont ensuite accueillis et menés dans des centres de transit et d’orientation (CTO) pendant trois mois. Une aide médicale et des soins immédiats leur sont administrés, ainsi qu’une aide psychologique et un suivi psychosocial. Ces centres leur procurent une alphabétisation de base, l’accès à un logement et à une alimentation équilibrée. « Dans ce processus de détraumatisation, nous avons la chance de travailler en synergie avec des ONG reconnues, notamment Médecins du Monde. Grâce à cette collaboration, les filles et les garçons victimes de violences sexuelles peuvent être repérés et soignés », poursuit Solveig.

Les démarches et recherches de réunification familiale sont ensuite entamées. « Cette étape s’avère souvent très complexe. Le pays est immense et les enfants viennent de plusieurs régions de la RDC, parfois même de pays voisins. Ils ont parfois été recruté à un âge tellement précoce qu’ils ne connaissent même plus l’adresse de leur maison. Certains sont tellement traumatisés qu’une réunification familiale ne serait pas envisageable sans médiation. » Ces situations concernent jusqu’à 15% des enfants libérés. Ces derniers rejoignent alors des foyers pour jeunes autonomes (FJA).

Un suivi est réalisé auprès des enfants pendant environ six mois (jusqu’à un an parfois) après cette phase de réunification familiale. Il faut évaluer le projet de vie de l’enfant, veut-il retourner sur les bancs de l’école ? Peut-on lui offrir une formation socio-professionnelle ou l’accompagner dans une activité génératrice de revenus ? Son état psychologique est soigneusement étudié, ainsi que son intégration au sein de sa communauté. « Il faut absolument prévenir le re-recrutement. Les familles doivent être préparées au retour de leur enfant et conscientisées à la problématique des enfants soldats. »

Sensibiliser les communautés, les familles et les leaders d’opinions au fait que les enfants ont des droits et qu’il convient de les respecter est essentiel pour lutter contre les enlèvements et embrigadements de force. Rappeler l’engagement des autorités compétentes à sanctionner les groupes armés qui recrutent les enfants est d’ailleurs l’un des leviers et l’un des champs d’intervention de WAPA et de son partenaire.

 

Parlons futur

En quelques mois, WAPA a pu financer la scolarisation de dix enfants en école primaire (cinq filles et cinq garçons), de dix autres enfants dans le secondaire. L’association a financé la réinsertion professionnelle de cinq jeunes (trois filles et deux garçons). C’est un premier pas vers la réintégration durable de ces enfants, soit par la scolarisation ou la formation, soit par l’obtention d’un revenu.

Le bilan est très positif bien que la mission soit un vrai défi. « Nous devons bien garder à l’esprit que la République démocratique du Congo est un pays très fragile et volatile. Il y a quelques semaines encore, la ville de Bukavu subissait l’attaque violente d’un groupe armé. Notre action est soumise à cet équilibre précaire ». Ce sont des éléments que l’association a dû prendre en compte dans son choix de partenaires, certains territoires du pays étant trop peu sécurisés.

Récemment, WAPA a obtenu une accréditation comme organisation de la société civile, leur permettant d’effectuer une demande de financement afin de réintégrer plus de 1000 enfants sur cinq ans. « Nous avons mis en place un programme complet, nous avons un partenaire capable de démobiliser, des centres capables d’accueillir les enfants. Le financement de leur scolarité ou de leur formation professionnelle est aujourd’hui notre plus grand défi et notre plus grande priorité. »

 


A travers ces Stories, Azickia vise à mettre en avant des initiatives à impact social, en France et dans le monde, et cela sans adhérer pour autant à toutes les opinions et actions mises en place par celles-ci. Il est et restera dans l’ADN d’Azickia de lutter contre toute forme de discrimination et de promouvoir l’égalité pour tous.

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Photo @WAPA

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